On voit passer le calcul partout : « rendez votre enfant millionnaire avec quelques dollars par mois ». La plupart du temps, c’est du vent. Mais quand j’ai fait le calcul pour mes trois enfants, avec les vrais outils canadiens et un rendement prudent, les chiffres m’ont arrêtée. Voici le plan, sans magie, et ce qu’il révèle sur la seule variable qui compte vraiment : le temps.
J’ai trois enfants : 13, 12 et 6 ans. Comme tous les parents, je veux leur donner une longueur d’avance. Un soir, j’ai vu passer ce fameux calcul viral du « bébé millionnaire ». Par déformation professionnelle, j’ai voulu vérifier s’il tenait la route. Pas avec des chiffres magiques, mais avec les vrais outils : le REEE, le CELI, un fonds indiciel, et un rendement prudent.
Ce que j’ai découvert m’a fait réaliser quelque chose d’un peu douloureux. Entre mon plus jeune et mon aîné, à effort identique, l’écart se compte en centaines de milliers de dollars. La seule différence ? Sept ans. Le temps est le vrai moteur, et il ne se rattrape pas.
C’est pour ça que j’ai mis ce plan par écrit.
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Le calcul, sans magie
Il n’y a aucun tour de passe-passe là-dedans. Juste les intérêts composés : un rendement qui se réinvestit, année après année, et qui finit par générer ses propres rendements. Plus on laisse de temps à ce mécanisme, plus l’effet devient spectaculaire vers la fin.
Pour mes calculs, j’ai utilisé un rendement de 7% par an. C’est volontairement prudent. À titre de comparaison, l’indice boursier S&P 500 a rapporté environ 10% par an en moyenne sur le long terme. J’ai préféré sous-estimer, parce qu’un plan bâti sur des chiffres trop optimistes ne sert personne.
J’avais déjà abordé cette idée dans un article que j’ai écrit pour TPL Moms. Ici, je pousse le calcul plus loin, avec des chiffres réels appliqués à mes propres enfants.
La simulation, avec mes trois enfants
Voici ce que donne un dépôt de 200$ par mois, par enfant, à partir d’aujourd’hui jusqu’à leurs 18 ans, avec la subvention REEE et un rendement de 7%. La dernière colonne montre ce que cette somme deviendrait si, au lieu de la dépenser, on la laissait fructifier jusqu’à 65 ans.
| Âge aujourd’hui | Cotisé + subvention | Valeur à 18 ans (études) | Valeur à 65 ans (si conservé) |
|---|---|---|---|
| 6 ans | 28 800$ + 5 760$ | 53 900$ | 1 297 000$ |
| 12 ans | 14 400$ + 2 880$ | 21 400$ | 515 000$ |
| 13 ans | 12 000$ + 2 400$ | 17 200$ | 413 000$ |
Hypothèses : 200$ par mois et par enfant jusqu’à 18 ans, subvention REEE de 20%, rendement de 7% par an. Chiffres arrondis.
Et mes deux plus vieux, alors ?
Il n’y a pas de fatalité. Le temps perdu se compense par la constance. Pour que mes deux aînés atteignent le million eux aussi, il suffit de ne pas s’arrêter à 18 ans : s’ils gardent le cap à 200$ par mois jusqu’à 65 ans, les trois deviennent millionnaires. Mon aîné de 13 ans atteindrait environ 1,33 M$, celui de 12 ans environ 1,44 M$, et mon plus jeune dépasserait 2,29 M$.
La leçon ne change pas : commencer plus tôt coûte moins cher pour un résultat plus grand. Mais commencer plus tard, avec de la discipline, fonctionne encore très bien.
Les quatre outils du plan
Le REEE, le coup de pouce gratuit
C’est le seul endroit où le gouvernement ajoute 20% à votre dépôt, jusqu’à 500$ par année et 7 200$ à vie par enfant. Pensez-y : un rendement de 20% instantané, garanti, avant même que le marché ait bougé. C’est pour ça qu’on commence presque toujours par le REEE.
Le CELI, la croissance à l’abri de l’impôt
En 2026, le plafond annuel est de 7 000$, et une personne admissible depuis 2009 dispose de 109 000$ de droits cumulés. Tout ce qui pousse à l’intérieur, intérêts, dividendes, gains, est libre d’impôt, et les retraits aussi. Un détail important pour les nouveaux arrivants : vos droits commencent seulement l’année où vous devenez résident, pas avant.
Le fonds indiciel, le moteur
Pas besoin d’être un expert ni de choisir des actions une par une. Un fonds indiciel suit tout un marché d’un coup, avec des frais très bas. C’est lui qui fournit le rendement à long terme qui fait grossir le tout. Diversifié, simple, et accessible à n’importe quel budget.
L’assurance vie, le filet
Tout ce plan repose sur une chose : que vous soyez là pour le financer dans le temps. S’il vous arrive quelque chose, les cotisations s’arrêtent, et le rêve avec. Une assurance vie temporaire, souvent très abordable, garantit que l’argent sera là pour vos enfants même si vous n’y êtes plus. C’est le filet qui protège tout le reste.
Et si 200$ par mois, c’est trop ?
Commencez avec ce que vous pouvez. Même 100$ par mois pour mon plus jeune donnerait encore près de 650 000$ à 65 ans. Et 50$ valent infiniment mieux que zéro. Le montant compte moins que le moment où vous commencez, parce que c’est le temps qui fait le gros du travail, pas l’effort mensuel. Le pire choix, c’est d’attendre « le bon moment » pour s’y mettre.
Le REEE et le CELI s’ouvrent facilement, et vous pouvez ajuster le montant à la hausse quand votre situation le permet. L’important, aujourd’hui, c’est de partir. Pour comprendre comment ces comptes s’emboîtent, j’explique tout dans mon guide épargne REER, CELI, CELIAPP et REEE.
Questions fréquentes
Faut-il être riche pour commencer ?
Non. Même 50$ par mois suffisent pour démarrer. Le montant compte moins que le moment où vous commencez, parce que c’est le temps qui fait grossir la somme, pas l’effort mensuel.
REEE ou CELI, lequel utiliser en premier ?
Souvent le REEE d’abord, parce que le gouvernement ajoute une subvention de 20% à vos cotisations, jusqu’à 500$ par année et 7 200$ à vie par enfant. C’est un rendement instantané qu’aucun autre compte n’offre. Une fois la subvention captée, le CELI prend le relais.
Que se passe-t-il si mon enfant ne va pas aux études ?
Le REEE prévoit des options : transfert à un autre enfant, transfert vers votre REER sous conditions, ou retrait. La subvention gouvernementale peut devoir être remboursée, mais vos cotisations vous reviennent et une partie de la croissance peut être conservée. Un conseiller peut vous guider selon votre cas.
Quel rendement est réaliste pour ces calculs ?
Beaucoup de planificateurs utilisent 5 à 7% pour rester prudents. L’indice S&P 500 a rapporté environ 10% par an en moyenne sur le long terme, mais les marchés varient et rien n’est garanti. Mieux vaut sous-estimer le rendement que de bâtir un plan sur des chiffres trop optimistes.
Pourquoi parler d’assurance vie dans un plan d’épargne ?
Parce que tout le plan dépend de votre capacité à le financer dans le temps. S’il vous arrive quelque chose, les cotisations s’arrêtent. Une assurance vie garantit que l’argent sera là pour vos enfants même si vous n’y êtes plus. C’est le filet qui protège le reste du plan.
Sources : Agence du revenu du Canada (CELI 2026) · Programme canadien pour l’épargne-études (subvention REEE) · Rendement historique de l’indice S&P 500, environ 10% par an en moyenne depuis 1957.
